AFRIQUE EN FILM : Le Grand Déplacement : une odyssée spatiale, politique et décalée signée Jean-Pascal Zadi

De quoi ça parle…

Dans le plus grand secret, une mission spatiale inédite s’apprête à décoller : la toute première expédition interstellaire africaine ! L’équipage, composé d’astronautes issus du continent et de sa diaspora, est envoyé explorer la planète Nardal. Leur mission : évaluer s’il serait possible d’y installer toute la population africaine, dans l’éventualité où la Terre deviendrait invivable. Mais dans l’espace, le défi le plus imprévisible n’est pas technique… c’est l’entente entre les membres d’équipage, coincés ensemble pour un voyage très, très long.

Pourquoi Togo Couleurs a aimé…

Cinq ans après le succès de Tout simplement noir, Jean-Pascal Zadi revient avec un film inattendu et audacieux : Le Grand Déplacement. Il s’attaque ici à un genre peu exploré dans le cinéma africain ou afro-français. la science-fiction en y insufflant son regard politique, son humour piquant et son sens de la satire. Le film s’approprie les codes du genre : sélection des astronautes, entraînements rigoureux, lancement spectaculaire, puis les inévitables complications en orbite. Mais Le Grand Déplacement ne se contente pas d’imiter les classiques hollywoodiens : il les détourne, les tord, pour y insérer des enjeux bien réels, liés à l’histoire coloniale, aux discriminations raciales et aux perspectives africaines sur l’avenir de l’humanité.

Visuellement, le film impressionne. Les effets spéciaux sont soignés, les décors ambitieux, et l’univers graphique n’a rien à envier à de plus grosses productions. Pour un film francophone indépendant, la prouesse technique est notable.

Toutefois, malgré une ambition évidente, certains critiques pointent un déséquilibre dans la narration. L’intrigue manque parfois de rythme et le scénario semble parfois en retrait par rapport à l’enrobage visuel. Mais réduire Le Grand Déplacement à ses faiblesses serait passer à côté de l’essentiel : son ton unique, entre absurde, satire sociale et réflexion philosophique sur l’Afrique et sa place dans le futur du monde.

Zadi n’a pas cherché à faire « la comédie de l’année », mais plutôt une fable politique qui interroge  à travers la fiction, le sort réservé aux populations africaines, l’urgence écologique, les migrations, et la mémoire coloniale. Le film fait aussi la part belle à la culture ivoirienne, pays d’origine de l’auteur, en y glissant des éléments de folklore, de langue et de références locales.

Par moments, le film évoque l’univers de Quentin Dupieux, dans son absurdité assumée et sa mise à distance ironique. Le résultat est un objet filmique rare, hybride, entre rire et malaise, entre science-fiction et chronique postcoloniale.

Le plus sur l’auteur…

Jean-Pascal Zadi, né en 1980 à Bondy de parents ivoiriens, est un artiste pluriel : acteur, réalisateur, producteur et ancien rappeur. Après des débuts dans la musique et des films auto-produits, il se fait connaître en 2020 avec Tout simplement noir, couronné du César du meilleur espoir masculin. En 2023, il signe également la série En place sur Netflix. Avec Le Grand Déplacement, il poursuit son œuvre : drôle, engagée, libre et profondément nécessaire.

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