«Sira» d’Apolline Traoré, une héroïne africaine DE QUOI CA PARLE ?

Sira jeune fille peule et sa tribu traversent le désert pour se rendre dans un village où son fiancé jean-Sidi l’attend pour l’épouser. Soudain, tous les hommes sont violemment massacrés par une bande surgie de nulle part. Le chef des agresseurs, Yéré emmène Sira pour s’être fait humilier par elle. Violée et laissée pour morte dans le désert, Sira se retrouve seule face à son instinct de survie. Elle trouve refuge dans une grotte. Elle découvre dans ce désert que le camp des terroristes est dirigé par Moustapha le meilleur ami de son père et Yéré son violeur. Entre amertume, désolation et désir de vengeance, Sira, qui va devoir assumer qu’elle est enceinte de son agresseur, décide de tout faire pour déjouer les plans macabres des terroristes, tandis que sans qu’elle ne le sache son fiancé est parti à sa recherche… Trois générations de femmes se révèlent aux côtés de Sira : Aissatou, sa mère, Kémi adolescente kidnappée, séquestrée comme esclave sexuelle.

POURQUOI TOGO COULEURS A AIMé ?

Le désert prend en effet toute la place dans le premier plan du long métrage réalisé par la Burkinabée Apolline Traoré. Un pied apparaît alors dans le cadre : ce que nous voyions n’était qu’un très gros plan sur le sable. Cette introduction et son travail sur les échelles illustrent l’une des approches formelles privilégiées par la cinéaste.

Le personnage-titre, interprété par Nafissatou Cissé, est membre d’une tribu nomade Fulani, et nous la retrouvons en train de voyager avec sa famille à dos de chameau à travers le Sahel. Même si cette vaste région subsaharienne s’étend d’une côte à l’autre du continent, le spectateur peut comprendre que nous nous trouvons probablement quelque part entre le Mali et le Burkina Faso. Cette tribu musulmane se dirige vers un village où Sira doit épouser un fermier chrétien, Jean-Sadi (Abdramane Barry). Lorsque Moustapha (Mike Danon) confronte son père, le chef de tribu Tidiane (Seydou Diallo), à ce sujet, il réplique en disant que l’amour est la chose la plus importante et que, de plus, au village, ils seront protégés des milices et des terroristes qui règnent dans la région. Mais ils ne vont pas loin avant qu’un de ces groupes les attaque, tuant les hommes, le chef Yere (Lazare Minoungou) violant Sira et l’abandonnant dans le désert. Mais elle survit et parvient à atteindre le camp des terroristes, volant de la nourriture et de l’eau la nuit et se cachant parmi les rochers impitoyables pendant la journée.

C’est là que nous faisons connaissance avec la cellule terroriste : son nom n’est jamais mentionné, mais Yere a un drapeau ISIS accroché dans sa tente. Le vieux et expérimenté Karim (Ildevert Meda) apporte des armes et forme des recrues, tandis que Moustapha réapparaît comme un opportuniste assoiffé de pouvoir. Un groupe de femmes est amené comme esclaves sexuelles et Sira parvient à les convaincre de l’aider, mais elle apprend aussi qu’elle est enceinte. La taille de son ventre nous servira de marqueur temporel, et si cela l’amène au territoire de Médée, nous ne le découvrirons qu’à la fin, dans une scène tendue et explosive qui n’aurait pas sa place dans un film d’action américain.

LE PLUS SUR L’AUTEUR…

Réalisatrice, scénariste et productrice burkinabèe. Apolline Traoré est née à Ouagadougou en 1976. Durant son enfance, elle a voyagé à travers le monde avec son père qui travaillait pour la FAO. A 17 ans, elle s’inscrit au Emerson College à Boston (USA), et décroche sa Licence en Art Média en 1998. De 1998 à 2001, elle travaille à Los Angeles dans des petites films indépendants. Elle décide alors de rentrer au pays pour faire des films sur son continent, l’Afrique. Elle a réalisé les séries télé Mounia et Rama, Le Testament. Sous la Clarté de la Lune, qui a été montré en première mondiale au Royaume Uni au Festival AiM 2007, est son premier long métrage fiction. Apolline Traoré a réalisé Moi Zaphira ! (2013), son second long métrage fiction pour lequel son actrice principale (Mariam Ouédraogo) a reçu le Prix de la Meilleure interprétation féminine au Fespaco 2013. Son nouveau film Sira (2023) est en compétition officielle longs métrages fiction au Fespaco.

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