PERSONNALITE DU MOIS: Entretien avec Jean-Pascal Zadi : « Raconter notre réalité avec humour, c’est politique »

Réalisateur, acteur, auteur et producteur, Jean-Pascal Zadi s’est imposé comme l’une des voix les plus originales du cinéma français. De ses débuts dans l’autoproduction à son succès critique avec Tout simplement noir, il bouscule les codes, interpelle les consciences, et défend, avec humour et lucidité, une Afrique et une diaspora décomplexées. À l’occasion de la sortie de Le Grand Déplacement, il revient pour Togo Couleurs sur son parcours, ses influences, et sa vision de l’engagement culturel.

Togo Couleurs : Tu es passé du rap à la réalisation de films, en dehors des circuits classiques. Qu’est-ce qui t’a poussé à raconter des histoires par le cinéma ?

Jean-Pascal Zadi : Ce besoin de raconter, je l’ai toujours eu. Quand j’ai vu qu’on ne me laissait pas vraiment la parole dans les cadres « classiques ». que ce soit au théâtre, à la télé ou ailleurs, j’ai décidé de créer mes propres espaces. Le cinéma, c’est l’outil qui me permet de mélanger mes passions : la musique, l’humour, la critique sociale… et de parler de nous, avec nos mots, notre style.

Togo Couleurs : Le Grand Déplacement met en scène la première expédition spatiale africaine. Pourquoi cette idée folle d’un film de science-fiction africaine ?

JPZ : Justement parce que c’est fou ! Mais en même temps, pourquoi ce serait fou ? L’idée, c’est de bousculer les imaginaires. L’Afrique n’est pas juste une terre de misère ou d’exil. C’est aussi un continent qui rêve, qui pense, qui invente. Ce film, c’est une satire, une utopie, un délire… mais c’est surtout une manière de dire : et si c’était à notre tour de coloniser les étoiles ? (rires)

Togo Couleurs : Tes films abordent des sujets très politiques, mais toujours avec humour. C’est ta manière de résister ?

JPZ : Totalement. L’humour, c’est une arme puissante. Ça désarme les tensions, ça ouvre les discussions. Moi je ne fais pas des films pour donner des leçons, je fais des films pour poser des questions, pour déranger un peu parfois, mais aussi pour faire rire, réfléchir, rêver. Et dans un monde qui ne veut pas toujours nous voir, faire un film, c’est déjà un acte politique.

Togo Couleurs : Tes origines ivoiriennes sont souvent présentes dans ton travail. Quel lien gardes-tu avec l’Afrique ?

JPZ : C’est un lien profond, même si je n’y ai pas grandi. Mon identité est multiple : je suis Français, Africain, Noir, banlieusard, artiste… tout ça à la fois. Et j’essaie de ne pas renier une partie de moi pour faire plaisir à une autre. J’ai envie que les jeunes en Afrique se voient autrement que comme des survivants. Je veux leur dire : vous pouvez aussi être astronautes, philosophes, héros de cinéma.

Togo Couleurs : Quels sont les artistes ou mouvements africains qui t’inspirent aujourd’hui ?

JPZ : Il y en a plein ! La scène musicale urbaine, les réalisateurs comme Mati Diop, Alain Gomis, ou des collectifs comme Les Invisibles. Mais aussi des artistes togolais, ivoiriens, béninois, qui bossent dans l’ombre et changent les choses. J’aime les voix qui osent, qui cassent les clichés. On a une jeunesse hyper créative, il faut la soutenir.

Togo Couleurs : Si tu devais faire un film au Togo, ce serait sur quoi ?

JPZ : (sourire) J’adorerais ! Je crois que je ferais un film sur les griots modernes. Ceux qui racontent les histoires sur WhatsApp, sur TikTok, dans les taxis. Le Togo, c’est un pays d’histoire et de transmission. Il y a quelque chose de fort à raconter là.

Togo Couleurs : Un dernier mot pour nos lecteurs ?

JPZ : Continuez à créer, à raconter vos vies, vos rêves. Ne laissez personne décider à votre place de ce que vous avez le droit d’imaginer. Et surtout, restez fiers de qui vous êtes. Nos différences, c’est notre plus grande force.

 

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