Les Agojies, ce régiment de redoutables guerrières africaines.

Au 17e siècle, le royaume du Dahomey, dans le sud de l’actuel Bénin, s’est épanoui sous la protection d’un régiment militaire exclusivement féminin.

Une hypothèse remarquable quant à l’origine des guerrières du Dahomey soutient qu’elles auraient été chasseuses d’éléphants à l’époque d’Aho Houegbadja, roi du Dahomey de 1645 à 1685. Les Gbeto, comme on les appelle dans la langue fon, « chassaient tout type de gibier, et notamment des éléphants, animaux ayant le plus de valeur et étant le plus difficile à abattre », peut-on lire sur le portail des Femmes dans l’Histoire de l’Afrique sur le site de l’UNESCO.

Au milieu du 19e siècle, il ne subsistait quasiment plus aucun éléphant dans la région. Les Gbeto furent alors intégrées à l’armée féminine. Elles portaient une blouse brune et un bas ample marron et bleu leur arrivant au genou. En langue fon, les mots ne manquaient pas pour désigner ces combattantes : Agojie, Agoji, Mino, Minon. Toutefois, selon le principal récit de leurs origines, les guerrières du Dahomey auraient été constituées en régiment sur ordre de la reine Hangbè, fille de Houegbadja, qui accéda au pouvoir après la mort mystérieuse de son frère Akaba au début du 18e siècle.

Le fait que Hangbè ait constitué un escadron de femmes prêtes à mourir pour la protéger, elle et son royaume, est un exploit, étant donné que le Dahomey était une société profondément patriarcale. (Ces sept guerrières légendaires ont marqué l’Histoire.) Ces guerrières n’étaient ni des concubines, ni des domestiques forcées de céder aux caprices de quelque homme que ce soit. De plus, elles ne sortaient pas de nulle part ; les historiens connaissent depuis longtemps l’importance des femmes dans certaines sociétés africaines.

Si la plupart des témoignages relatant les guerres du Dahomey concernent des luttes pour le contrôle de vill

es côtières avec des royaumes voisins, un changement se produisit à la fin des années 1870 après que le royaume céda la ville de Cotonou aux Français qui y imposèrent un protectorat. En 1883, la ville voisine de Porto-Novo, rivale du Dahomey, se vit imposer un protectorat similaire.

En 1889, un nouveau roi arriva au pouvoir : Béhanzin. Ce dernier était hostile à l’interférence européenne et ordonna des razzias sur ces protectorats français, notamment pour capturer des esclaves. Quatre mille guerrières pouvaient être mobilisées en cas de conflit. Elles étaient réparties en différentes unités, chacune possédant ses uniformes, ses drapeaux, ses chants et ses danses de combat. Ces redoutables guerrières surpassaient leurs homologues masculins par leur courage et par leur efficacité au combat. Les femmes soldats se sont distinguées à maintes reprises au cours de l’histoire du Royaume du Dahomey, notamment lors des batailles de Savi (1727), d’Abéokouta (1851 et 1864), de Ketou (1886), ainsi qu’au cours des deux guerres qui l‘opposèrent aux Français, jusqu’à la chute d’Abomey en 1892. Cet ultime combat aboutit à la dissolution de leur armée. Elles étaient particulièrement redoutées au corps à corps et participaient à la stratégie d’intimidation menée par le Dahomey envers ses adversaires.

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